Motif (folkloristique)

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Un motif, en anthropologie culturelle et en folkloristique, est un élément récurrent identifié par les folkloristes dans les traditions populaires d’un groupe humain lié à une aire culturelle. Dans une interprétation large, un motif peut relever du domaine de la musique, de la littérature orale ou écrite, des arts visuels ou textiles etc. Les motifs, qui s’associent entre eux pour créer des schémas (patterns) repérés par les folkloristes au sein d’un groupe donné, sont décrits, analysés, interprétés et comparés avec ceux d’autres cultures, afin de mieux comprendre les valeurs, les habitudes et les modes de vie de cultures particulières.

Dans un sens plus spécifique, le terme de motif est utilisé dans l’étude des contes et autres récits populaires. Il représente un épisode restreint, constituant un tout difficilement dissociable, que l’on peut retrouver dans des récits différents, relevant éventuellement de cultures différentes.

Le folkloriste américain Stith Thompson a établi l’Index des motifs (voir Bibliographie) sans doute le plus connu, qui complète l’index des contes-types ou classification Aarne-Thompson.

« Un motif est le plus petit élément à l’intérieur d’un conte ayant le pouvoir de se maintenir dans la tradition. Pour posséder ce pouvoir, il doit avoir en lui quelque chose d’inhabituel et de frappant. La plupart des motifs se répartissent en trois classes. Il y a d’abord les acteurs du conte – dieux, animaux insolites, ou créatures du domaine du merveilleux telles que sorcières, ogres, fées, ou même des personnages humains stéréotypés, tels que le fils cadet favori ou la cruelle marâtre. En second lieu viennent certains éléments de l’arrière-plan de l’action – objets magiques, traditions insolites, croyances étranges, et assimilés. En troisième lieu viennent des incidents isolés – et ce sont eux qui constituent la grande majorité des motifs. »

— Stith Thompson, The Folktale

Les principes adoptés par Thompson ont fait l’objet de diverses remarques et critiques. Ainsi selon Hans-Jörg Uther, si en principe « les motifs représentent les briques de base pour ce qui est de la construction des récits » (des « unités narratives »), « un motif peut être une combinaison des trois éléments [cités par Thompson], par exemple quand une femme utilise un don magique pour transformer une situation donnée. »

En fait, dans la pratique, les frontières du motif et du conte-type sont souvent imprécises. Pour Joseph Courtès par exemple, il n’y a entre type et motif qu’une différence de longueur et de complexité.

Courtès apporte une critique argumentée au système de classification de Thompson, pour introduire ensuite ses propres suggestions. Il remarque d’abord que le côté frappant (« striking ») est souvent d’ordre culturel, ce qui est frappant dans une culture ne l’étant pas forcément dans une autre. Surtout, il regrette le côté « hétéroclite » de la typologie, qui lui semble mêler des critères « thématiques » (à un certain niveau d’abstraction) et « figuratifs » (plus concrets, incarnés). Pour lui, les entrées thématiques de l’Index ressortent du niveau classificatoire, et ne devraient pas être utilisées en tant que telles. De plus, Thompson lui paraît multiplier parfois inutilement les subdivisions (il donne l’exemple de l’entrée D1551, « Waters magically divide and close », pour laquelle Thompson indique 6 sous-catégories en fonction de l’instrument ou du moyen par lesquels les eaux se divisent, alors que ceux-ci n’ont aucune incidence sur le schéma narratif). Il montre aussi, à titre d’exemple, que le chapitre „B. Animals“ de Thompson est loin de contenir toutes les entrées relatives à des animaux, puisqu’on en trouve dispersées « dans presque tous les autres chapitres de l’Index » : la division en chapitres est donc en grande partie empirique. Il estime par ailleurs hasardeuse la tripartition initiale retenue par Thompson pour sa définition (voir ci-dessus) : pour lui, le motif doit clairement être considéré comme un « micro-récit », et donc les deux premières catégories indiquées ont peu de pertinence.

Courtès plaide en fait pour une typologie « syntaxique » des motifs : de même qu’une phrase simple contient un sujet, un verbe et un complément d’objet, ainsi en est-il des épisodes élémentaires du récit. Or c’est la fonction (le verbe) qui devrait être considérée comme l’invariant du motif, car les sujets et les objets possibles peuvent être multipliés à l’infini (ce sont de simples « variations figuratives »). Courtès juge que sa propre approche permet de réinterpréter l’approche du philologue Joseph Bédier, dont « l’élément ω », jamais défini clairement comme l’a remarqué Propp, correspondrait en fait à sa propre redéfinition du motif ; un « type » équivalant alors à une « forme syntaxique complexe ».